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Tout sur l’arboriculture

La biodiversité amie du verger d’Evelyne Leterme

Cet ouvrage est le plus complet à ce jour sur l’évolution de l’arboriculture et sur les innovations à mettre en place dès maintenant. Il fait preuve que mettre au centre de la production fruitière les préoccupations écologiques et environnementales est bénéfique au niveau de la productivité et sera indispensable pour le maintien de la santé humaine.

Vous trouverez, dans cet article, un résumé du livre et mon avis sur celui-ci.

Avec les différents résumés de ce blog, je veux aider ceux qui, comme moi, veulent s’autoformer (voir l’article sur l’autoformation en agriculture) avant de créer et d’améliorer continuellement leur micro-ferme. La liste complète des livres qui m’ont marqués se trouvent dans l’article « la liste ultime de livres pour réussir son projet agricole« . J’espère que ces résumés vous donneront envie de lire ces livres et de sélectionner ceux qui vous serviront le plus. Et une fois les avoir lu vous pourrez utiliser ces résumés comme aide-mémoires! Bonnes lectures!

Introduction

Le système de verger est arrivé à la fin du XXème siècle. Autrefois, les arbres faisaient partie des autres cultures : grandes cultures, élevages, vignes, jardins. Ils faisaient partie intégrante de nos paysages. De même, avant le début du XXème siècle, les interventions humaines sur les arbres (comme la taille) étaient très limitées voir inexistantes. La lutte systématique contre le parasitisme a démarré après la seconde guerre mondiale et n’a fait que s’intensifier tout comme la résistance de ces parasites.

La prise de conscience du danger de ces pratiques à conduit à une diversité des conduites. Des systèmes plus complexes basés sur la lutte raisonnée, la prévention et la protection organique sont alors arrivés.

Les trente-cinq années de recherches, de collecte de données, de variétés et d’expériences du Conservatoire végétal régional d’Aquitaine a permis de mettre en évidence les progrès de l’arboriculture, ses freins et ses dérives. Il propose désormais une nouvelle forme de verger en systèmes associés, reposant sur une grande biodiversité et sur un matériel approprié.

Partie 1 : Les paysages traditionnel des arbres fruitiers. L’agroforesterie avant l’heure

Quel que soit la zone géographique, l’évolution des vergers au cours de l’histoire a montré qu’ils ont évolués de la diversification intensive avec l’autoconsommation en priorité et la vente en complément vers une réduction de la diversité, l’augmentation de la productivité et la vente exclusivement.

Il existe une multitude de formes de vergers, des plus géométriques aux plus naturelles. Ils sont formés selon la représentation que l’homme se fait du verger. Depuis le début de l’agriculture, l’Homme n’a jamais cessé de sélectionner des semences et de progresser dans les différentes techniques de multiplication et de greffage. Nous remarquons aujourd’hui une séparation nette entre les espèces destinées à l’autoconsommation de celles commercialisées.

Les arbres ont toujours été présent dans nos paysages sans forcément qu’ils soient considérés en tant que verger. Cela correspondait déjà au terme d’agroforesterie. Ce fut à la fin des années 70 que ce concept a été redécouvert et remis en avant dans les pays développés, principalement grâce à l’intervention de l’ICRAF (International Center for Research in Agroforestery). Quant aux pays en développement, ces pratiques n’ont globalement jamais cessées. Deux visions ont alors coexistées : l’une basée sur des cultures intensives, mono-variétales et la certitude scientifique comme état d’esprit tendis que l’autre se présente comme étant défenseur d’une tradition s’appuyant sur la protection de l’environnement, la résistance aux maladies et la protection de la vie humaine plus globalement.

Des études comme celles portées par Jean-Marie Lespinasse avec des lieux comme le Conservatoire végétal d’Aquitaine ont permis d’améliorer considérablement nos connaissances sur l’évolution de l’arboriculture au cours de l’histoire ainsi que sur la caractérisation variétale des arbres de nos territoires. De même avec les travaux de Francis Hallé sur les arbres en forêt tropicale.

De nombreux exemples d’agroforesterie existent et les suivants font partis de l’héritage plus ou moins encore présent dans le sud-ouest de la France :

  • Doubles production :
    • Noyers et céréales,
    • Châtaigniers et seigles,
    • Noyers et vigne,
    • Cerisiers et vignes,
    • Oliviers et vignes,
    • Champ de tulipes sous un verger de pruniers,
    • Pré vergers : Montons et vaches sous des cerisiers et pommiers hautes-tiges,
    • Vignes, pommiers et vaches,
    • Hautains : association de vignes grimpants sur des arbres (pommiers, poiriers ou noyer).
  • Vergers multi-étagers :
    • Arbres fruitiers – Vignes – Petits fruits – Légumes/Céréales,
    • Pruniers – Vignes  Seigle,
    • Cerisiers – Vignes – Maïs,
  • Haies diversifiées : association à haute densité.

Partie 2 : Un patrimoine en mouvement

Bien que la sélection variétale se fait depuis des millénaires, le métier d’arboriculteur a été créé au cours du XXième siècle. Cette spécialisation fait parti du tournant sociétal observé par l’exode rural et l’industrialisation. Cette sélection a été, ces dernières décennies, presque exclusivement orientée vers les rendements, la qualité visuelle et la capacité au transport des fruits. Nous avons aujourd’hui l’accès (plus ou mois facilement) à une quantité de variétés très importante. Et pourtant celle-ci est orientée sur le mauvais critères et la quantité de variétés anciennes localement sélectionnée diminue dangereusement.

“La protection de nos ressources génétiques à travers notre patrimoine local et ancien est une nécessité dont la société n’a pas pris pleinement conscience”.

Évelyne Leterme

Une partie du travail effectué avec le Conservatoire végétal d’Aquitaine consistait à retrouver l’histoire de certaines variétés et ainsi de mieux comprendre leurs caractéristiques et notamment leurs résistances aux maladies. Ils ont replanté également un grand nombre de variétés localement sélectionnées ayant des caractéristiques distincts très intéressantes.

La protection des vergers a évolué au cours des années. En effet les changements dans les conduites culturales (monoculture, densification,…) et les choix de sélections des variétés ont amené, dans un premier temps, à une lutte phytosanitaire principalement chimique. Avec les différents dangers mis au jour de ces pratiques, d’autres moyens de lutte biologique ont été créés :

  • La prévention (ex. : les phéromones),
  • Lâcher d’auxiliaires et création d’abris pour les conserver (formation d’un réseau trophique).

Le moyen le plus efficace de créer et d’entretenir un réseau trophique conséquent et diversifié et l’implantation de haies.

Cette démarche fait partie du concept d’agroécologie. En effet pour qu’une lutte biologique soit efficace, il faut qu’elle soit organisée à différentes échelles : la parcelle de culture, l’exploitation agricole et le territoire (ou petite région agricole). Elle doit également utiliser les principes de l’agriculture de conservation pour ajouter la dimension de durabilité en intégrant l’importance de la préservation des sols.

Il y a comme exemple de pratique au sein d’un verger de pruniers de laisser pousser l’herbe jusqu’en fin juin pour ensuite la rouler (avec un rouleau type rolofaca) conduisant à une multitudes de services écosystémiques.

De manière globale, la compréhension des processus naturels permet de mettre en place les bons leviers en adéquation avec l’agrosystème, à l’emplacement spécifique déterminé et à un moment précis.

Partie 3 : Redonner de la complexité au verger. Un exemple qui fonctionne, la haie fruitière, l’agroforesterie adaptée au verger.

Par le biais du Conservatoire végétal d’Aquitaine et des différentes recherches,

“Nous proposons d’orienter nos méthodes de culture en adaptant des techniques traditionnelles à nos capacités modernes.”

Évelyne Leterme

Un système sur lequel le Conservatoire a beaucoup travaillé est la haie fruitière. C’est un verger linéaire en associations qui, de part sa complexité, intègre directement la biodiversité. Il constitue un milieu complexe pouvant être défini comme un verger agroforestier en système associé. Les différents phénomènes associés à cette forme de verger sont :

  • L’amplification de la biodiversité microbiologique des sols par la couverture organique permanente,
  • Le développement mycorhizien,
  • Les interactions racinaires dues à la plantation à haute densité,
  • Le développement de la coopération du complexe prédateurs et parasitoïdes pour la lutte contre les parasites,
  • L’utilisation de la biodiversité cultivée faiblement sensible au parasitisme.

Ce système peut être composé de deux strates : l’une basse formée par des arbustes espacés d’un mètre de distance et l’autre haute composée de fruitiers (à hauteur variable) espacés de trois à dix mètres de distance (avec un idéal de cinq mètres). Ce système permet au bout d’un à trois ans de camoufler le sol ainsi alimenté régulièrement par les feuilles et le bois de taille. Les choix variétaux sont nombreux et la diversification permet de couvrir plusieurs périodes de floraisons, récoltes, accueil d’insectes etc.

En plus de la répartition de la partie aérienne très intéressante, la partie souterraine de la haie renferme une activité encore plus complexe et fascinante : interactions entre les racines, entre la macro et microfaune, champignons, activité microbienne, évolution des matières organiques, processus hydrique et minéraux, allélopathie. Certaines symbioses sont présentes comme par exemple la formation de mycorhizes par certains champignons avec des racines fines contribuant à la nutrition des arbres ainsi qu’à l’absorption de l’eau et des éléments minéraux.

Les apports de fumiers et de BRF (bois raméal fragmenté) en surface sont très favorables à l’augmentation de la biomasse et à la stimulation des interactions présentes dans le sol. La quantité du BRF déposée influe directement sur le rendement en biomasse microbienne mais sa qualité est également très importante pour améliorer son efficacité à produire cette biomasse.

Partie 4 : Vers un verger diversifié à haute valeur biologique

La complexité des haies permettent une diversité potentielle sans limite. Les différents paramètres suivant peuvent en effet être modifiés en fonction de vos besoins et des caractéristiques de votre milieu : espacement entre les arbres de la strate haute, choix d’espèces et de variétés, nombre de variétés.

Une grande diversité dans ces choix permettent une meilleure protection du verger. Il faut également prendre en compte leur capacité à héberger les insectes auxiliaires ou ravageurs. Nous éviterons par exemple les aubépines en bordure de rosacées à cause du rue bactérien.

La diversité dans la conduire et les positionnements choisies fait aussi partie des nouvelles formes de verger. Des systèmes bien différents sont utilisés :

  • En privilégiant l’esthétisme pour des domaines (par exemple en arc de cercle avec des d’espèces choisies de préférence par leur aspect),
  • En privilégiant la production pour des cultures maraichères ou céréalières (par une conduire en agroforesterie en ligne répétant un pattern bien réfléchi et approprié aux contraintes locales produisant principalement des fruits, petits fruits et aromatiques mais aussi des fixateurs d’azote). L’ajout de poules dans le système permet de compléter sa protection entre autres par le contrôle des parasites engendrés par une production fruitière.
  • En privilégiant la résistance et la résilience du système avec la permaculture.

La préparation du sol avant la plantation est un point essentiel pour une bonne vigueur sur le long terme du verger et des haies. Les aspects suivant sont à surveiller :

  • La préparation du sol : globalement il faut un enrichissement conséquent de matières organiques et de l’oxygène. Les techniques de l’agriculture de conservation sont très intéressante pour cela mais dans le cas d’un travail du sol celui-ci ne doit pas dépasser 15cm de profondeur. Le buttage peut être très bénéfique dans certains cas. L’irrigation pendant cette phase est indispensable. Une autre possibilité est de précédentes cette préparation du sol à l’automne par l’implantation d’un engrais vert au printemps.
  • La plantation du verger comprend le pralinage des arbres à racines nues, le piquet de support centre le vent et une protection contre les rongeurs, cervidés et animaux domestiques. Dans le cas d’une haie, toute celle-ci doit être plantes en une fois.
  • Le paillage et l’amendement de surface s’effectue à la plantation puis à chaque printemps suivant le besoin. L’irrigation les premières années est souvent indispensable. La taille de formation est également à soigner pour une bonne durabilité du verger ou de la haie.
  • L’installation d’abris et de nichoirs permet de développer la biodiversité spontanée et d’améliorer la pollinisation des arbres fruitiers.

Conclusion

Cet ouvrage est l’aboutissement d’un travail de trente-cinq ans. Il retrace l’évolution de l’arboriculture : de la paysannerie à l’industrie. Il met en avant les innovations et évolutions possibles en préconisant l’utilisation des principes et concepts de développement durable, d’agroforesterie, d’agroécologie, de permaculture et l’agriculture de conservation. Ces notions sont essentielles pour allier productivité et résilience dans les vergers. L’arboriculture de la biodiversité résout les questions de durabilité.

Des outils sont encore à créer, la compréhension des systèmes naturels à continuer d’approfondir et notre système de fonctionnement sociétal et industriel à repenser pour qu’ils s’appuient sur les aspects écologiques et environnementaux. Ces efforts et cette volonté doivent être fait aussi bien par les professionnels et chercheurs que par les consommateurs.

Avis

C’est un très bel ouvrage aussi bien pour son contenu que pour ses illustrations. À la fois historique et technique, il permet d’avoir une connaissance globale sur l’arboriculture et de pouvoir concevoir un verger approprié à son besoin, productif et résilient. De nombreux tableaux listant des espèces et variétés ainsi que de nombreux exemples permettent de rentrer dans le concret facilement.

Je conseille fortement cet ouvrage avant tout projet arboricole (verger, agroforesterie ou haies). Je conseille également de vous documenter sur les autres livres d’Évelyne Leterme et sur le Conservatoire végétal d’Aquitaine (site : https://www.conservatoirevegetal.com). Ce Conservatoire sera en mesures de vous former et de vous fournir des greffons de variétés anciennes très intéressantes pour le sud-ouest.

Vous pouvez retrouver ce livre sur Amazon avec le lien suivant : Biodiversité amie du verger – Évelyne Leterme.

La bibliographie à la fin de ce livre est également très riche. Voici certains de ces ouvrages (avec un lien Amazon) :

Bien que vous pouvez acheter ce livre avec les liens précédents, essayez de privilégier autant que possible les librairies locales et éthiques !

2 Comments

  • Evelyne

    ne pas oublier que les arboriculteurs sont exposés à de nombreux risques physiques, biologiques importants, et les accidents du travail dans le secteur de l’arboriculture sont nombreux, situations à risques qu’il faut prévenir par de bonnes mesures de formation et de protection : /adresse-url-bloquée/

    • Dimitri

      Oui c’est vrai que l’arboriculture comportent de nombreux risques qu’il ne faut pas négligé. Un bon équipement adéquat et bien entretenu, un travail sans précipitation et une gestion du risque qui peut être établie notamment avec une formation sont primordiales !

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